Le Pro Bono dans une agence de communication. L’exemple d’Interel

Intérel en mode Pro Bono

La communication est une des compétences les plus recherchées par les associations. Les agences marketing et de communication sont nombreuses à partager gratuitement leur savoir-faire avec les associations. C’est aussi le cas d’Interel, groupe européen spécialisé dans la communication en affaires publiques.
Retour d’expérience avec Laurent-Paul Van Steirtegem, partenaire associé depuis 2010.

We Are Heroes (WAH!) : Quelles sont les raisons qui décident un cabinet spécialisé en communication d’entreprise comme le vôtre de mettre en œuvre le mécénat de compétences ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Le Pro Bono a été introduit très tôt dans l’histoire d’Interel. Nous avons commencé à partager notre expertise avec les associations dans une double optique. D’une part, nous voulons agir vis-à-vis d’enjeux sociétaux qui nous semblent importants. Le fait est que les asbls n’ont pas souvent la possibilité de faire appel à une société de consultance. Nous avons décidé de mettre à leur disposition notre expertise gratuitement.

D’autre part, nous estimons qu’une des raisons pour lesquels nos clients vont choisir Interel est la manière dont nous sommes prêts à nous engager pour la communauté. Notre engagement RSE se traduit de différentes manières dont le Pro Bono est un des axes.

WAH! : Vous avez opté pour le Pro Bono plutôt que de vous limiter au mécénat classique. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Le mécénat est plus facile à implémenter dans une organisation. Cependant, pour faire une vraie différence, avoir un impact, cette approche demande des moyens relativement élevés.

Vu la taille de notre entreprise et notre mode de fonctionnement, nous avons choisi de mettre du temps à disposition de causes que nous jugeons qui en valent la peine. Ce temps a aussi une valeur. C’est une forme de philanthropie en nature. Nous offrons nos services sur des dossiers pour lesquels nous avons une compétence avérée.

WAH! : Quel type de compétences mettez-vous aux services des associations ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Interel est spécialisé dans le conseil en gestion de réputation des entreprises. Pour les associations, l’aide que nous apportons concerne le développement et la gestion de leur visibilité et de leur réputation. Nous les aidons à se faire mieux connaitre auprès de leur public cible et à communiquer de manière professionnelle.

Le pro Bono chez Interel selon Laurent-Paul Van SteirtegemLaurent-Paul Van Steirtegem -Partenaire – Interel

WAH! :Est-ce que vous vous adressez à des associations spécifiques ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Nous avons une approche pragmatique. Les membres de l’équipe identifient des projets qui pourraient faire l’objet d’une aide Pro Bono. Au sein du management, nous examinons ces projets. Nous déterminons si nous désirons les soutenir et si oui, de quelle manière, avec quel investissement temps etc.

WAH! : Quels sont vos critères de sélection ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Nous n’avons pas une liste de critères avec des cases à cocher! Ce qui est important pour nous, c’est le projet et l’équipe qui le porte:

  • Est-ce que l’association aborde une cause dans laquelle nous croyons, que nous considérons comme légitime ?
  • Est-ce que nous pressentons que la cause est bien défendue par le projet que nous allons soutenir ? Est-ce que le projet est cohérent avec ce qu’il veut réaliser ?

Un deuxième critère est :

  • Est-ce que notre soutien va représenter une vraie valeur ajoutée dans le développement et dans la réalisation des objectifs de l’association ?

Les deux aspects sont très importants. Nous allons toujours prendre notre décision à l’issue de l’examen du dossier de l’association et de la rencontre avec les équipes.

WAH  : Comment réagissent vos collaborateurs face aux projets de mécénat de compétences ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Ces dernières années, nous observons un changement d’attitude vis-à-vis des missions Pro Bono en interne. Nous sommes passés d’une période où il fallait un peu convaincre les consultants à un stade où les collaborateurs, surtout ceux de la jeune génération,  sont très demandeurs de ce type de projets.

Parfois, avoir l’occasion de travailler sur des missions de mécénat de compétences est un argument qui aide à convaincre quelqu’un de nous rejoindre.

Le Pro Bono a un rôle assez fédérateur auprès des collaborateurs. Ils sont fiers de participer à cette approche. Ils le font avec beaucoup de professionnalisme et d’engagement.

Interel est une entreprise qui a pour objectif de dégager du profit. Nous ne sommes pas une organisation de charité. Pour certains collaborateurs, c’est parfois plus difficiles à vivre. Nous nous posons des questions sur le sens de ce que nous faisons. Les projets Pro Bono apportent énormément de raison d’être tant aux collaborateurs qu’au management de l’entreprise.

C’est certainement une des raisons pour lesquelles l’équipe Interel s’implique dans le mécénat de compétences.

WAH : Au niveau opérationnel, comment un projet Pro Bono s’intègre à votre organisation ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Chez nous, les consultants travaillent en général sur 3 ou 4 projets différents. Un projet Pro Bono va représenter une de ces 3 ou 4 missions.

Toutes les missions de mécénat de compétences ne s’inscrivent pas dans la durée. Dans certains cas, nous intervenons auprès de l’association de manière ponctuelle.

Ce qui est important, c’est de respecter les délais sans s’enfermer dans un calendrier ultra précis. Nous demandons aux organisations un peu de flexibilité.

WAH! : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Un des obstacles potentiels est le fait qu’un client rémunérateur a tendance à être prioritaire sur les projets de mécénat de compétences. C’est la conscience professionnelle de l’équipe et du manager du projet qui permet que l’on ne perde pas la mission Pro Bono de vue même quand c’est difficile à combiner. C’est ici qu’intervient aussi le paramètre flexibilité dans la relation avec l’association.

WAH! : Quelle valeur ajoutée pour l’entreprise identifiez-vous dans le mécénat de compétences?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Le mécénat de compétences est porteur de sens. C’est un changement bienvenu par rapport à des missions pour des clients relativement similaires.  C’est très enrichissant intellectuellement car cela oblige à une remise en question et le développement d’une autre méthodologie de travail.

Quand vous travaillez dans le monde associatif, vous n’avez pas face à vous des gens qui réfléchissent de la même manière que dans le secteur marchand. Et c’est très bien ! Cela réclame de votre part un effort d’adaptation, une capacité d’expliquer des choses qui pour vous vont de soi et inversement.

WAH! : Du point de vue de l’association, comment est-ce vécu le Pro Bono ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : De notre expérience, les associations sont assez reconnaissantes du travail qui est fourni.
Les associations avec lesquelles nous entrons en contact sont déjà a priori intéressées par le schéma du mécénat de compétences. Elles sont demandeuses. De plus, de manière assez implicite, nous identifions les associations qui ont un mode de fonctionnement, une mentalité qui sont compatibles avec les nôtres.

Enfin, les associations reconnaissent qu’il y a de la bonne volonté quand une entreprise comme la nôtre accepte de faire du mécénat de compétences. Elles comprennent suffisamment bien les contraintes de notre activité et l’effort que le Pro Bono implique dans notre fonctionnement.

WAH! : Combien de temps en moyenne l’équipe Interel s’investit dans le Pro Bono ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : L’implication varie en fonction du projet et du collaborateur. Un ordre d’idée situerait l’investissement Pro Bono d’Interel autour d’une demi-journée par mois et par collaborateur.

WAH! : Dans quelle mesure l’implication d’un employé au niveau Pro Bono va avoir un impact sur son évolution au sein d’Interel ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Les projets Pro Bono sont abordés lors de l’évaluation individuelle au même titre que les projets des clients classiques.

Dans une entreprise de conseils, les collaborateurs sont promus quand ils sont prêts, pas quand une position se libère. Nous cherchons à distinguer auprès de nos collaborateurs un ensemble de traits de caractère. Dès lors, une implication réussie dans des projets Pro Bono et encore plus, l’identification en amont de projets Pro Bono participent à l’identification des collaborateurs qui correspondent à nos attentes. Le mécénat de compétences met en valeur de nombreux traits : l’initiative, une certaine capacité de travail, une curiosité intellectuelle, une proactivité, un esprit orienté solution… Cela  démontre aussi une belle personnalité et de l’engagement sociétal.

WAH! : Avec les années, observez-vous une évolution dans les projets Pro Bono ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : D’une manière générale, on assiste à une professionnalisation des ONGs. Le Pro Bono a suivi cette tendance. A partir du moment où dans les associations vous avez des gens plus professionnels dans leur manière d’appréhender le fonctionnement de leur association, l’aide qu’ils vont vous demander va être de plus haut niveau aussi.

WAH! : D’après vous, quelles sont les conditions de réussite d’un projet Pro Bono en entreprise ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Les grandes lignes du projet doivent être bien définis. Il faut que l’équipe sache dans quoi elle s’engage et quelles sont les attentes de l’association.

L’impact du projet est un facteur essentiel pour les collaborateurs et pour l’entreprise. Nous allons passer du temps sur le projet. Ce temps consacré a aussi un cout d’opportunité car c’est du temps qui n’est pas consacré à nos clients. C’est donc important qu’il soit utilisé pour faire la différence.

Du côté de l’organisation, il faut que nous percevions une mentalité qui nous donne confiance dans la collaboration.

WAH! : Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui ne fait pas encore du Pro bono ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : Mon premier conseil serait de se lancer dans l’approche Pro Bono. C’est vraiment  porteur de sens pour l’entreprise,  pour l’association que l’on aide, pour les collaborateurs. C’est du  gagnant – gagnant – gagnant. Tout le monde y gagne dans cette interaction.

C’est un exercice qui vaut la peine d’être fait car il enrichit le travail que l’on va faire ensuite pour des clients. Ce temps qui est consacré à des projets utiles est également bon pour l’entreprise. Cette approche permet de se remettre en question.

WAH! : D’après vous, quelles sont les conditions de réussite d’un projet Pro Bono pour une asbl ?

Laurent-Paul Van Steirtegem : C’est important qu’au sein de l’association, un porteur de projet soit identifié. C’est très difficile pour une entreprise de faire du mécénat de compétences si vous avez en face de vous 25 parties prenantes qui ont des agendas ou des manières de voir les choses différentes.

Travailler par projets est aussi une manière efficace de fonctionner.

Et enfin, du côté de l’association, c’est essentiel de trouver le bon niveau d’assertivité. L’asbl devra parfois être capable de relancer la dynamique quand son projet passe à un niveau de priorité inférieure, par exemple.

Pour en savoir plus sur l’approche Pro Bono d’Interel : www.interel.be/service/pro-bono

L’exemple d’Interel vous inspire-t-il ? Quels sont les aspects qui vous ont le plus intéressé ?
A contrario, qu’est ce qui vous empêche d’intégrer le mécénat de compétences dès aujourd’hui dans votre organisation ?
Merci pour le partage de vos réflexions !

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