Le mécénat de compétence : l’exemple Goods To Give

Mécénat de compétence au coeur de la stratégie de GoodsToGive

Depuis 2014, Goods To Give récolte les surplus non-alimentaires (produits d’entretien, d’hygiène…) du monde industriel. L’asbl les met à disposition d’organisations sociales actives dans la lutte contre la précarité sociale.
Goods To Give a déjà redistribué pour plus de 5 millions d’euros de produits de consommation au travers d’un réseau de plus de 250 associations en Belgique. Elle soutient déjà plus de 180 000 personnes précarisées après seulement 2 ans d’activité. Le monde économique est fortement impliqué dans cette asbl qui crée des partenariats avec des entreprises telles que Procter & Gamble, Carrefour, l’Oréal, Beiersdorf,…

Le mécénat de compétence est un des éléments clés de cette réussite. Grâce aux partenariats développés avec d’excellents cabinets tels que Interel, Air, MCW, Ernst & Young… Isaline Desclée, coordinatrice, et son équipe ont développé une entreprise sociale saine et performante.

We Are Heroes (WAH!) : Avant de créer Goods To Give (G2G), connaissiez-vous le mécénat de Compétence ?

Isaline Desclée: Personnellement, je ne connaissais pas le mécénat de compétence. G2G a été créée en s’inspirant d’une entreprise sociale en France. Dans le business model de l’organisation française, le mécénat de compétence était un élément fondateur de la démarche. Nous avons répliqué ce business model et donc intégré le mécénat de compétence comme une des clés de notre succès.

Dans cette logique, dès la création de l’entreprise, nous avons tout de suite été accompagnés par des mécènes pro-bono. Notamment un cabinet de consultance spécialisé en gestion de projets (A.T. Kearney). Cela a été une expérience fantastique. Tout l’aspect start-up a été pris en charge par des gestionnaires de projets purs et durs. Cela a été un super booster qui nous a permis d’avancer vite. Grâce à eux, nous avons rapidement identifié quels étaient les prérequis de notre projet, quels étaient les jalons, les étapes critiques. Ils ont été extraordinaires.

De son côté, le mécène pro-bono a identifié une vraie plus-value dans cette démarche. La collaboration leur permettait de s’inscrire dans la stratégie de responsabilité sociétale de leur entreprise (RSE) avec une mission qui est en ligne directe avec leur propre métier. Le travail avec les 2 équipes s’est bien déroulé et nous avons atteint nos objectifs communs. C’était parfait.

Cette relation existe également avec une entreprise engagée comme Ernst & Young et nombreuses autres entreprises partenaires.

WAH! : Vous êtes en relation avec un nombre important d’entreprises mécènes de compétence. Comment est-ce que cette approche se structure ?

Isaline Desclée : Au lancement de notre activité, G2G a pu bénéficier des meilleures expertises grâce au mécénat de compétence d’entreprises, mais également d’experts individuels qui font désormais partie intégrante de notre gouvernance, à titre bénévole.
Actuellement, nous profitons quotidiennement via le Pro Bono d’un accompagnement d’experts. Le mécénat de compétence est une dimension clé de notre business  model. Nous avons la possibilité de faire appel à tous les types d’expertises qui sont liées à notre activité. Cela passe du service juridique aux traductions,  aux services en communication, en comptabilité… Grâce à cette approche, nous avons un budget vraiment très réduit.

WAH! : Comment sollicitez-vous toutes ces entreprises pour qu’elles deviennent vos partenaires ?

Isaline Desclée : Le réseau est l’atout numéro 1 d’une telle démarche.
Lors de la création de l’entreprise, nous avions un avantage de poids : nous répliquons un modèle français qui a fait ses preuves. Cet argument était un véritable atout.
Nous avons également constitué notre comité de direction en allant chercher des profils qui se complètent par leurs expertises et leur parcours. Le réseau de nos administrateurs et membres de notre Advisory Board, tous extrêmement actifs à titre bénévole, nous permet de trouver les bons partenaires.

Maintenant, dans la vie quotidienne de G2G, nous sollicitons du Pro Bono directement en ligne avec nos objectifs, notre stratégie et notre business plan.

WAH! : Comment est-ce que le projet d’une association peut entrer dans le flux de production d’une entreprise ?

Isaline Desclée : La 1ère étape est de discuter avec l’entreprise mécène et de créer la motivation au sein de son organisation. Un facteur primordial à la réussite d’un projet est la volonté des intervenants. C’est fondamental de motiver les collaborateurs en interne, leur présenter le projet de manière cohérente, explicite. Il faut s’adresser aux entreprises en utilisant leur langage et leur donner les informations qui sont importantes pour eux : parler business, parler chiffres, parler impact…
D’autre part, nous planifions suffisamment longtemps en avance. On ne travaille pas dans l’urgence. Nos projets n’arrivent pas de manière soudaine dans le planning des partenaires.

WAH! : Y a-t-il des rôles clés dans l’entreprise dont l’implication est un facteur important pour la réussite du projet ?

Isaline Desclée : Le mécénat de compétence fonctionne naturellement par réseautage. Grâce à cette approche, nous rencontrons des personnes qui ont un pouvoir de décision dans l’entreprise.
Ensuite selon le type de Pro Bono, le spécialiste dans l‘expertise dont nous avons besoin va avoir un rôle vraiment important.

Il faut sans aucun doute, impliquer aussi le CSR manager (le responsable de la stratégie de responsabilité sociétale de l’entreprise ou RSE). Cette fonction se développe de plus en plus dans les entreprises. Il faut pouvoir donner au CSR manager toutes les informations sur l’impact d’une telle démarche, sur les avantages à développer au sein de l’entreprise un projet d’accompagnement basé sur son métier propre…
Le CSR manager est une fonction dont l’avis et les conseils ont de plus en plus de poids dans l’entreprise. C’est cette personne qui indiquera à qui il faut s’adresser, validera le bien-fondé de la démarche. Le CSR manager permettra à l’entreprise de traduire dans le rapport annuel l’impact du mécénat de compétence par rapport aux objectifs de développement durable ou RSE de celle-ci.

Aujourd’hui, une très grande proportion des entreprises ont fixé des objectifs de développement durable mais jusqu’à présent ils sont souvent restés théoriques. Les entreprises sont vraiment en train de passer à l’opérationnel et cherchent comment y parvenir.

WAH! : Comment se passe la collaboration avec les équipes ?

Isaline Desclée : Nous faisons attention à rester en contact proche avec les entreprises mécènes. Il faut qu’ils comprennent les challenges. C’est important de rester en relation soutenue pour garder des routes parallèles. Le but n’est pas de les laisser travailler dans leur coin. Surtout pas.
Ensuite, c’est à nous de vérifier les calendriers et les objectifs que le partenaire Pro Bono donne. Évidemment, tous les projets ne sont pas faciles avec toutes les organisations.  C’est important d’envisager le mécénat de compétence comme un projet en tant que tel. Cela signifie que les mécènes sont associés à des projets avec une entité propre, des limites propres et une mission tout à fait définie. Il y a un briefing en amont expliquant la raison d’être du projet, les objectifs, notre dynamique, nos challenges…

WAH! : Est-ce que avec l’expérience, les projets de mécénat de compétence ont un canevas bien spécifique ou est-ce du sur-mesure?

Isaline Desclée : Chaque projet a une structure sur mesure en fonction de la problématique  que l’on adresse au mécène en compétence. Les collaborations peuvent prendre la forme d’intervention ponctuelle de quelques heures, d’un workshop d’une journée ou de mission plus extensive.
Par exemple, le nom de notre entreprise « Goods To Give » a été trouvée dans le cadre d’un workshop avec Interel, entreprise spécialisée en communication d’entreprises. A contrario, nous avons un mécénat de compétence en traduction, avec Fines. Ce partenaire est sollicité régulièrement et est très engagé à nos côtés. On est plus dans l’engagement humain, plus proche du volontariat de compétence que du mécénat dans ce cas de figure.

WAH! : En interne, comment est-ce que les projets en mécénat de compétence sont vécu par votre équipe ?

Isaline Desclée : Nous nous réjouissons toujours beaucoup. C’est une opportunité pour d’énormes apprentissages. On va faire un bond en avant très important car les intervenants ont une haute expertise. Ils nous aident en tant que grands spécialistes de leur domaine. Donc, ce sont des projets qui génèrent beaucoup d’enthousiasme. Nous trouvons que c’est génial !

G2G redistribue les invendus grâce au Pro Bono

WAH! : Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontré lors des divers projets Pro Bono auxquels vous avez pris part?

Isaline Desclée : De manière générale, les projets se déroulent bien. Dans certains rares cas, les mécénats s’éteignent un peu tout seul. L’utilité du projet est avérée et pourtant le projet meurt à petit feu. Ce qui renforce ma conviction de l’importance de fixer des objectifs, un calendrier et un cadre précis.
C’est tellement plus porteur d’arriver à clôturer un projet et de pouvoir féliciter l’équipe qui s’est investie dedans!  C’est beaucoup plus gratifiant pour l’entreprise et pour le porteur de projet. C’est important de pouvoir dire « On a terminé ensemble ce beau projet et voici le résultat ! ».

Le challenge est de garder les personnes impliquées sur toute la durée du projet. Et pour conserver cette motivation, tant l’entreprise que l’association ont un rôle important à jouer.  Il  faut que l’entreprise se donne les moyens d’y arriver. Il faut que l’association soit suffisamment professionnelle pour recevoir les compétences de manière organisée, sérieuse afin que les résultats trouvés aboutissent. La responsabilité est vraiment partagée.
La clé de la réussite est de trouver ensemble la méthodologie qui va convenir tant au mode de fonctionnement de l’entreprise et qu’aux besoins, à la réalité de l’association.

Dès lors, lorsque le planning de l’entreprise est surchargé, c’est vraiment important qu’elle ait l’honnêteté de dire qu’elle ne va pas avoir le temps. Si nous sommes au courant, nous pourrons fixer l’agenda autrement, trouver une solution. En fait, il n’y a pas de pire situation que de ne pas avoir de répondant. Nous comptons sur ce projet dans l’avancement de l’entreprise. Le projet ne se met pas en place et impacte l’avancement de notre stratégie. Il faut mieux être très clair et déplacer le projet, l’étaler en tenant compte de la réalité du mécène en compétence.

WAH! : De quoi auriez-vous besoin pour favoriser le développement de ce type de collaboration et son apport dans votre organisation ?

Isaline Desclée : De temps. Trouver le bon interlocuteur prend du temps; le convaincre prend du temps ; fixer le calendrier, accompagner le projet : tout ça prend du temps. Ce n’est pas facile de prendre le recul nécessaire pour conduire un projet Pro Bono pendant que vous faites tourner l’entreprise en même temps.

WAH! : Pour les responsables d’associations et d’entreprises sociales qui veulent recourir au Mécénat de compétence, quels seraient vos conseils ?

Isaline Desclée : Mon  premier conseil est de chercher des entreprises mécènes de compétence qui ont un métier corrélé avec les besoins de l’association ou de l’entreprise sociale. Notre expérience nous montre qu’il y a beaucoup d’entreprises qui cherchent comment aider ET à aider dans la ligne de leur métier. Il faut leur proposer des projets qui sont alignés avec leur  activité.
En Belgique, le potentiel du mécénat de compétence est clairement là et il est sous sollicité !

Mon second conseil est de mettre en place un mode de fonctionnement avec l’entreprise mécène qui vous permet de passer comme un client classique.  Cela vaut donc la peine d’investir du temps et de l’énergie pour trouver la meilleure manière de fonctionner. Cela peut aller jusqu’à payer un montant purement symbolique pour la réalisation ET de cette manière, être bien repris dans la liste des clients. Sinon le projet de l’ONG ou de l’entreprise sociale risque d’être trop marginal par rapport aux objectifs business de l’entreprise. Il faut quand même se rendre compte que quand une entreprise nous aide elle a aussi son métier à côté, elle est sous pression au quotidien.

WAH! : Quels seraient vos conseils pour les entreprises qui veulent impliquer leur équipe dans des projets de mécénat de compétence ?

Isaline Desclée : D’expérience, je conseillerais de dédier des ressources officiellement au projet pour que celui-ci aboutisse. Préciser les modalités. Par exemple, définir 1j/mois pour le projet et vérifier que les objectifs sont réalistes. Enfin, rester en contact régulier avec l’association est vraiment important…


Et vous, en tant qu’asbl, avez-vous déjà intégré le Pro Bono dans votre stratégie de développement? Quels sont les 3 grands projets stratégiques pour lesquels vous pourriez solliciter l’aide d’experts en entreprise? Le modèle de G2G vous inspire-t-il?

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