Le mécénat de compétences et le syndrome Abracadabra

Ou pourquoi vous ne devriez surtout pas implémenter le mécénat de compétences dans votre entreprise !

Le mécénat de compétences vous enthousiasme. Aider une association en partageant son expertise et par la même occasion travailler sur vos enjeux RH et de réputation de votre entreprise ? Vous vous croiriez presque devant le Père Noël !
Et pourtant, le mécénat de compétences n’est pas une baguette magique qui résout tout d’un simple coup de « Abracadabra ! ».

Le mécénat de compétences n’est pas un cache-misère

Vous avez au sein de votre équipe une personne avec laquelle la collaboration est infernale. Vous ne savez plus comment la gérer. Plus personne ne veut travailler avec ce membre du personnel.
Le mécénat de compétences n’est pas une merveilleuse occasion pour se débarrasser momentanément du travailleur mal-aimé.

De même en tant qu’employé, le mécénat de compétences n’est pas l’excuse parfaite pour échapper à vos responsabilités ni à vos tâches moins gratifiantes.

Le mécénat de compétences exige à minima : de l’expertise, de la motivation et de l’empathie. Votre approche Pro Bono doit impérativement répondre à ces trois critères pour générer les bénéfices espérés pour vos employés, votre entreprise et l’association que vous avez envie de soutenir.

Le mécénat de compétences n’est pas une rustine

Le mécénat de compétence, un outil puissant mais pas magiqueLe mécénat de compétences, un outil de management puissant, pas une baguette magique   Copyright: Unplash

Toute entreprise vit des perturbations. Plus ou moins intenses. Plus ou moins bien résolues. Quand votre entreprise est en pleine crise, ne vous voilez pas la face. Le mécénat de compétences n’est pas une baguette magique. Le Pro Bono en entreprise est un outil de management d’une puissance impressionnante. C’est exact. Mais il ne porte ses fruits que dans un contexte relativement équilibré, sain et confiant.  Si votre entreprise rencontre un problème complexe et bloquant, cherchez en priorité à ramener une dynamique positive dans votre organisation. Le mécénat de compétences prendra place plus tard.

Le mécénat de compétences n’exige pas la perfection

A contrario, l’entreprise parfaite n’existe pas. Le moment idéal n’arrivera pas. Dans le monde rêvé des organisations, tous les projets se combinent et se succèdent de manière harmonieuse. Toutes les ressources sont motivées et constructives. Personne n’est malade. Les finances sont au beau fixe.
Dans la réalité, nous apprenons à surfer sur la vague du chaos. Nous gérons l’incertitude.
Si vous attendez d’être dans les conditions parfaites pour valoriser vos collaborateurs, apporter du sens à votre activité, renforcer la valeur ajoutée de votre entreprise : le projet de mécénat de compétences ne verra jamais le jour.

Le mécénat de compétences ne sauvera pas l’image de votre entreprise

Le Pro Bono d’entreprise c’est comme dans la publicité pour le Bifidus actif « ce qui se fait à l’intérieur, se voit à l’extérieur. » Le mécénat de compétences ne permet pas de récupérer une réputation dramatique auprès du grand public. Si votre entreprise se comporte de manière désastreuse avec ses clients, ses fournisseurs, la communauté locale…, le mécénat de compétences sera perçu comme une approche hypocrite. La collaboration entreprise  – employés – association est une démarche authentique. Elle s’inscrit dans des valeurs d’entreprise respectueuses de l’humain et de son environnement.

Le mécénat de compétences ne paiera pas vos factures

Assurer la viabilité de l'entreprise avant la RSEAssurez la viabilité de votre start-up avant de vous investir pour la société.   Copyright: Michael Mroczek

Les jeunes entrepreneurs sont extrêmement enthousiastes vis-à-vis du mécénat de compétences. Cependant, la meilleure manière pour un entrepreneur/euse d’apporter sa valeur ajoutée au monde est d’abord de développer une activité économique viable.

Ne consacrez pas de temps au mécénat de compétences si votre entreprise n’est pas encore au stade de la rentabilité. Si votre carnet de commande n’est pas rempli, si votre calendrier n’est pas bloqué pour 6 à 12 mois, reportez vos élans humanistes momentanément.  Le mécénat de compétences ne peut être un prétexte à la procrastination intelligente. Bien entendu, mettre vos compétences aux services des associations est important. Mais assurez d’abord votre survie, puis consacrez du temps à la société civile.

Le mécénat de compétences n’est pas un sprint

Vous lancez un projet Pro Bono  pour deux – trois collaborateurs et une association. Après un workshop d’une journée, vous retrouvez des travailleurs enchantés, enthousiastes et motivés. Bizarrement à l’entretien annuel, vous ne percevez pas une évolution flagrante de leurs compétences humaines et relationnelles (dites soft-skills). Vous êtes déçu.

Les bénéfices du mécénat de compétence se déploient sur le long-terme. C’est la multiplication des expériences qui développera le sens du collectif, la flexibilité et l’ouverture aux changements, la capacité de communiquer, le don de la pédagogie, la créativité,  l’initiative…
Bien entendu, lancer un premier projet Pro Bono pour tester ce mode de collaboration est absolument conseillé. Ensuite, améliorez votre approche. Intégrez-la dans une procédure claire et simple. Donnez à un maximum de membres de votre équipe l’opportunité d’y prendre part. Progressivement, le mécénat de compétences générera un impact positif et profond dans votre organisation. Aucun doute : vous n’aurez même plus à attendre les entretiens annuels pour mesurer l’effet du Pro Bono !


Vous avez une expérience Pro Bono et vous avez détecté d’autres écueils possibles pour les entreprises ? Dans quel cadre avez-vous constaté un détournement du mécénat de compétences ?
N’hésitez pas à partager votre point de vue afin que je puisse compléter cette liste.

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