Le mécénat de compétences aussi dans une PME? Découvrez l’exemple de Lexiago

Lexiago PME engage ses collaborateurs dans le mécénat de

En 2001, Arnaud Delacroix fait une balade à vélo et passe devant le Puits de Sainte-Renelde à Saintes. Il découvre que le puits ainsi que le portique et la statue en fonte vont être rénovés. Rapidement, le cycliste contacte le bourgmestre qui le met en relation avec l’équipe en charge de la restauration.
Arnaud Delacroix a fondé Lexiago (anciennement R.A.P.), spécialisée depuis 1985 dans le traitement des surfaces métalliques. Il décide de proposer les services gratuits de son équipe aux experts chargés de la rénovation. La première expérience de Lexiago en mécénat de compétences commence ici.

Un premier projet, un premier prix

Au départ, le mécénat de compétences est un terme inconnu pour Arnaud Delacroix. « Notre entreprise est spécialisée en peinture industrielle. Nous faisons du traitement de surface métallique. Nous peignons des structures en aluminium, en fonte… »

Au cours de ce projet qui dure plus d’un an, M. Delacroix rencontre l’association Prométhéa. Il leur raconte son histoire. Prométhéa propose directement au directeur de Lexiago de présenter ce projet pour le prix Caius. La PME remporte cette récompense l’année suivante.

Le prix Caius jette Lexiago sous les feux de la rampe et l’entreprise est fortement sollicitée par différents porteurs de projets.

D’après Arnaud Delacroix, il est important de définir une politique de mécénat pour faire le tri dans les projets qui sont soumis à son organisation.

« Notre volonté est de mettre uniquement en place du mécénat de compétences. Donner de l’argent ne correspond pas à la manière dont j’envisage notre intervention. Mon entreprise est petite. C’est important d’être cohérent entre les projets que l’on suit et les moyens de sa structure. Suite à notre première intervention, nous avons fait 4 à 5 projets à raison d’une collaboration tous les 2 – 3 ans. Nous sommes intervenus pour la restauration d’une girouette à l’abbaye de Floreffe, pour un mémorial proche de mon domicile à Rebecq… Le projet le plus connu est celui de la restauration des jardins du  Musée David & Alice van Buuren à Bruxelles pour lequel nous avons aussi reçu un prix Caius en 2013. »

Le facteur proximité n’est pas l’élément décisif dans les critères qui guident Arnaud Delacroix. « Ce qui m’intéresse c’est de trouver un projet sur lequel nous allons avoir du plaisir de travailler. »

Cependant, l’opportunité de dédier du temps à du mécénat de compétences dépend également du succès financier de l’entreprise.

Pour faire le choix entre les projets potentiels, Lexiago s’en remet à Prométhéa. L’association spécialisée en mécénat de la culture et du patrimoine permet de faire coïncider les attentes des mécènes et des porteurs de projet.
« Je leur fais confiance. Ils font bien leur travail. J’ai bien assez de propositions pour satisfaire mes envies. Je fais partie de l’assemblée générale de Prométhéa. Quand je sens que l’entreprise est prête pour une nouvelle collaboration, je leur en parle. Le choix du projet sera plutôt subjectif. Je recherche un chouette projet, un coup de cœur. Après, recevoir un prix Caius est un élément amusant.»

Que l’intervention soit soutenue par le mécénat de compétences de Lexiago ou que ce soit une commande d’une entreprise privée, le travail en atelier et les procédures suivies sont absolument les mêmes. « La seule chose qui change, c’est qu’au final il n’y a pas de facture. »

 

Le mécénat de compétences, une réalité pour Arnaud Delacroix depuis 2002 Arnaud Delacroix fait du mécénat de compétences une réalité dans sa PME depuis 2002

L’impact du mécénat de compétences

« Lorsqu’on réalise un projet de mécénat de compétences, qu’on apporte une statue, un monument dans l’atelier, le personnel est un peu interloqué. Cela génère des discussions. Le matériel est particulier donc il y a forcément des questions. Les ouvriers s’intéressent à la motivation d’une telle démarche. Avec les années, les collaborateurs commencent à connaitre ce type de mécénat. C’est vrai que cela implique un intérêt un peu différent. Notre intervention participe à la motivation, à la fierté de l’équipe. Puis quand vous recevez le prix Caius, cela crée un événement dans l’entreprise. Bien entendu, ensuite, cela passe. »

Après avoir réalisé un premier projet de rénovation,  le directeur d’entreprise a eu envie de continuer. « Le retour que l’on reçoit avec le mécénat de compétences, c’est la capacité que l’équipe a à s’identifier au projet de l’entreprise. Cela donne du sens à notre travail. Car il faut reconnaître que notre métier n’est pas particulièrement sexy. Au quotidien, nous peignons des pièces métalliques sans toujours savoir à quoi elles vont servir, comment elles vont être mise en œuvre. Quand vous traitez une oeuvre d’art, l’approche est un peu différente. Votre équipe est fière et motivée. Vous en avez un retour. Je ne pourrais pas quantifier ce retour en euros. Ceci étant dit, on y gagne toujours. »

Le mécénat de compétences permet aussi de rencontrer un autre milieu, de sortir de la réalité de l’entreprise. « Quand on aborde un projet comme les Jardins Van Buuren, on rencontre l’architecte de jardin, les responsables de la fondation, du Patrimoine Wallon…  On rencontre des personnes qui sont d’un autre milieu.
De par notre activité professionnelle nous sommes rarement en contact avec le milieu culturel si ce n’est l’un ou l’autre sculpteur qui nous contacte pour peindre ou traiter son œuvre. Ces projets autour du patrimoine deviennent un besoin car ils donnent du sens à des choses très terre à terre. »

Chez Lexiago, les attitudes vis-à-vis du mécénat de compétences sont différentes selon le profil des collaborateurs.

« Nos ouvriers sont intéressés par le projet au moment de sa mise en œuvre. Ils éprouvent une certaine fierté d’avoir réalisé le travail. Les employés montrent un intérêt plus soutenu pour les projets de mécénat de compétences. C’est important pour moi que cela reste une démarche simple. Il n’est pas question de baser toute la politique interne et externe autour de cette démarche. »

Pour le directeur, la raison d’être du mécénat de compétences est aussi sensiblement différente : « A titre personnel, je le fais pour m’amuser. J’ai créé mon entreprise en 1985. Quand on a une carrière de 30 – 40 ans dans la même organisation, c’est long. Je trouve mon travail passionnant. J’aime mon métier. Pour conserver sa motivation, il faut trouver des distractions au même titre que l’achat d’une nouvelle machine, l’extension du bâtiment, l’engagement de nouvelles ressources et même le fait de traverser des crises. Le mécénat de compétences fait partie des choses qui sont intéressantes d’un point de vue personnel, des choses qui nous font avancer. Par les rencontres, pour les nouveaux milieux que l’on côtoie, on apprend de nouvelles choses. C’est indispensable pour un être humain. On doit avancer sinon on ne sait pas être heureux. »

« C’est une raison pour laquelle je n’ai pas envie de fixer des critères, d’écrire de manière rationnelle pourquoi j’engage l’entreprise dans le mécénat de compétences. »

Dans les divers cercles d’affaire, le mécénat n’est pas un sujet souvent abordé. D’après Arnaud Delacroix, peu de petites entreprises sont déjà engagées dans cette démarche.
« J’ai créé l’entreprise en 1985 et notre premier projet de mécénat a eu lieu en 2002. J’ai eu le nez dans le guidon pendant longtemps. Puis à un moment donné, le bon moment est arrivé. C’est difficile de convaincre d’autres entrepreneurs de faire du mécénat. Les autres patrons ont le sentiment qu’il faut s’y connaitre dans le domaine de la culture. La thématique du mécénat peut ne pas être très excitante au départ. Il faut trouver les arguments pour convaincre de faire un premier pas. »

Se lancer dans l’aventure ?

Quels serait les conseils du patron de Lexiago ?
« D’abord et surtout, faites du mécénat de compétences par passion, par envie sans attendre de retour. C’est une approche indispensable. »

« Le fait est : lorsqu’on travaille, les circonstances ne sont pas forcément faciles. Pourtant, il faut essayer de sortir de son cocon,  voir comment va le marché, ses concurrents, le monde. La philanthropie en fait partie. Il faut faire un effort pour voir plus loin que les limites de l’entreprise car cela fait beaucoup de bien. »
« La RSE (responsabilité sociétale des entreprises) c’est tendance. Personnellement, ça m’énerve un peu. Je préfère que la conscience de cette responsabilité vienne de moi-même. Nous ne sommes pas seuls dans notre monde. Essayer de sortir de sa bulle, ce n’est pas du tout évident. Certainement quand on est responsable d’une PME. Il faut le faire par passion et se secouer un peu. »

D’après Arnaud Delacroix, mettre en place le premier projet de mécénat de compétences est le plus compliqué. Cette approche nécessite une démarche active, consciente avec la volonté d’aller dans cette nouvelle direction. « Pour moi c’est d’autant plus vrai que l’opportunité du projet est dû au hasard d’une balade à vélo. C’est tellement aléatoire, subjectif. »

Il clôture avec ce dernier conseil : « Communiquez au personnel, mouillez le personnel. C’est très important car c’est là qu’on a du vrai retour. »

« Et surtout : profitez-en ! »

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