Les avocats en première ligne du Pro Bono. Témoignage de MCW

Le droit, N°1 des consultants Pro BonoLes avocats, champions du Pro Bono. – Copyright: Unsplash

Partout dans le monde, les avocats sont les fers de lance du mécénat de compétences. Le secteur du droit est celui qui dédie le plus de temps au Pro Bono. En Belgique aussi, les cabinets d’avocats font partie des pionniers de cette pratique.
Rencontre avec Jaquelin d’Oultremont du cabinet MCW.

We Are Heroes (WAH!) : Le mécénat de compétences est une pratique bien ancrée dans la vie de MCW. Quand et comment avez-vous découvert ce concept?

Jaquelin d’Oultremont : J’ai toujours été très actif dans le secteur associatif. Progressivement, j’ai développé une expertise sur les aspects légaux du développement des asbls, des fondations, des AISBL…

Pour moi, cela va de soit de mettre mon expertise à disposition. Je veux éviter que les faibles finances des asbls soient dédiées à de la programmation intellectuelle. L’argent des associations doit être directement mis au service des personnes qui vivent en difficulté.

WAH! : Quels sont les associations que vous décidez de soutenir ?

Jaquelin d’Oultremont : Nous soutenons les associations en fonction de nos affinités.
Il y a beaucoup de causes qui méritent de l’attention. Personnellement, j’ai choisi de me consacrer à la lutte contre l’exclusion sociale sous toutes ses formes.

Au sein de notre cabinet, chaque avocat a défini sa propre ligne de conduite. Nous ne nous sommes pas concertés.

Le mécénat de compétences au jour le jour

WAH! : Comment s’organise le mécénat de compétences chez MCW ?

Jaquelin d’Oultremont : Tous les membres du cabinet sont impliqués dans des missions de mécénat de compétences. Et chacun s’entraide.

Par exemple, un de nos associés soutient une école qui développe un projet pédagogique pour les enfants porteurs d’un handicap. Il m’a demandé de l’aider dans un domaine très spécifique des associations que je pratique souvent. J’ai été ravi de lui apporter mon aide en mode Pro Bono.

WAH! : D’un point de vue purement pratique, comment gérez-vous un dossier de mécénat de compétences ?

Jaquelin d’Oultremont : Le travail que nous réalisons auprès d’une asbl en mode Pro Bono suit exactement la même procédure qu’un dossier habituel. La qualité et le professionnalisme de notre équipe sont identiques. Tant pour nous que pour nos collaborateurs, l’asbl est un client normal avec les délais de diligence technique d’excellence et opérationnelle de rigueur.
La seule chose qui distingue un projet en mécénat de compétences se situe au niveau de la facturation. Nous facturons « 0 € ». Nous demandons simplement que l’association rajoute le logo de MCW sur leur site.
Ce logo est important pour les associations car apposer le nom d’un cabinet d’avocats de renom permet de dire que l’asbl est bien gérée. Pour le cabinet d’avocats, c’est une manière de valoriser le travail de mécénat de compétences des collaborateurs. D’autre part, cela met en valeur l’image du cabinet.

WAH! : Quel type d’accompagnements avez-vous mis en place pour les asbls ?

Jaquelin d’Oultremont : Nous sommes plus spécifiquement actifs dans 3 domaines.

Premièrement, la création d’asbl. Nous apportons notre soutien pour la constitution, la définition ou la modification des statuts. Nous les soutenons pour tout ce que nous appelons le « Corporate & House keeping » c’est-à-dire la déclaration de patrimoine, l’organisation de l’assemblée générale, la publication des membres de l’assemblée générale au Moniteur Belge…

Toutes ces aspects sont très administratifs. En soutenant les associations, nous permettons aux membres des asbls d’être actifs sur le terrain, là où l’on a le plus besoin d’eux.

Le 2ème domaine concerne la responsabilité des administrateurs. Les asbls ne font pas faillite.  Quand elles ne sont pas bien gérées, la responsabilité des administrateurs est souvent mise en cause. Nous sommes là pour les aider.

Enfin, le 3ème volet concerne la loi sur le volontariat. Quand on a des bénévoles, il faut, entre autre, les enregistrer et les assurer. Ces obligations légales sont malheureusement souvent oubliées par les bonnes volontés qui sont dans les asbls.

La valeur ajoutée du Mécénat de compétences

Le Mécénat de comptétence améliore les softskillsLe Mécénat de Compétences permet de développer les compétences des collaborateurs. – Copyright: Tim Gouw

 WAH! : Quel impact a le mécénat de compétences d’un point de vue humain chez MCW ?

Jaquelin d’Oultremont : Le mécénat de compétences nous permet de valoriser notre travail dans des projets très concrets pour lesquels nous n’avons pas l’occasion de contribuer autrement.

Nos employés apprécient cette démarche. Ils partagent leur expertise pour une bonne cause avec des partenaires très dévoués de l’asbl. Souvent les associations sont très reconnaissantes du travail bénévole qui est fait par les collaborateurs.

Le mécénat de compétences permet de développer les compétences des collaborateurs. Nous pensons également que c’est la responsabilité sociétale du cabinet d’aider son prochain. C’est un aspect important pour nous.

WAH! : Comment percevez-vous le mécénat de compétences aujourd’hui ?

Jaquelin d’Oultremont : J’observe une nette évolution du mécénat de compétences depuis environ 5 ans. De plus en plus de grandes entreprises s’investissent dans cette approche. Elles communiquent également à ce propos. Ce qui est très bien aussi.

Avant, les entreprises faisaient du mécénat de compétences de manière discrète. Aujourd’hui, les associations et les grandes entreprises sont contentes d’afficher leur soutien Pro Bono sur le site des associations et leur support de communication. Je trouve que c’est une belle évolution.

WAH! : Est-ce que le type de demande a changé ?

Jaquelin d’Oultremont :   La vraie évolution, c’est le juridique qui se met dans tout. Avant, un bénévole transportait un malade assez facilement dans sa voiture et l’emmenait  à son traitement. Aujourd’hui le moindre déplacement, la moindre question est une responsabilité des assurances, une responsabilité pénale…  Le travail des associations se complexifie beaucoup.

Réussir son projet Pro Bono

WAH! : Quelles sont, de votre point de vue, les conditions de réussite d’un projet Pro Bono ?

Jaquelin d’Oultremont : Réussir une intervention Pro Bono requière les mêmes exigences que la gestion d’un dossier habituel : une bonne écoute, une bonne préparation et un plan détaillé de ce qu’il y a à faire. La structure est très importante pour la réussite car elle permet d’être très rapide et donne un élan de dynamisme à tout le monde.

WAH! : Quels seraient vos conseils pour les entreprises qui veulent intégrer le mécénat de compétences ?

Jaquelin d’Oultremont : Le meilleur conseil c’est : « Faites comme si c’était votre client habituel. » Mon deuxième conseil est : « Incitez vos collaborateurs de manière telle que les heures qu’ils passent sur un projet d’une association sont valorisées exactement de la même manière que si c’est un client normal. »

De cette manière, toutes les conditions sont réunies pour que l’intervention se déroule bien. Il faut éviter une situation où l’on se dit « Je vais faire ce projet vite vite. Je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai un autre client très urgent. » Non, c’est un client normal. Il faut l’excellence chez tout le monde. C’est vraiment l’excellence qui va donner le tremplin au mécénat de compétences.

WAH! : Quels seraient vos conseils pour les associations qui sollicitent les entreprises ?

Jaquelin d’Oultremont : Les associations doivent apprendre à définir leurs besoins. Très souvent, c’est lorsque le problème surgit qu’elles viennent nous trouver. Nous découvrons qu’elles ont oublié de faire un certain nombre de démarches. Dans ce cas-là, devoir retracer tout l’historique de l’association demande beaucoup de temps et d’énergie.

Il faut définir dès le départ qui est responsable de quel aspect au sein de l’association. Ce n’est pas parce qu’on fait du volontariat que cela ne doit pas être professionnel. Structurer son activité est un gage essentiel de réussite.

Pour en savoir plus sur MCW: www.mcw.be

Dans votre secteur, est-ce que le mécénat de compétences est une pratique courante ou plutôt une exception?
Avez-vous envie de témoigner et de partager votre pratique du Pro Bono en entreprise?
N’hésitez pas à prendre contact avec moi.

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